lundi 4 novembre 2013

Ca se passe près de chez vous. La famille d'Azat, Manage...


Depuis trois ans, Azat le père, Zumrat la mère et les trois jeunes enfants: Amina, 12 ans, Sagdiana, 5 ans et Samir, 1 an, vivent dans la commune de Manage . Originaires d'Ouzbékistan, ils ont dû fuir le Kirghizistan, comme 375.000 autres personnes, suite à la guerre entre les Ouzbèques et les Kirghizes dès juin 2010 pendant laquelle ont été constatés des crimes graves, y compris des crimes contre l’humanité, qui restent à ce jour impunis. La famille a subi un harcèlement physique et moral constant, avec des menaces de mort ainsi que des perquisitions domiciliaires illégales et des extorsions d’argent. Zumrat a échappé à une tentative d’enlèvement et présente aujourd’hui des symptômes dépressifs sévères d’origine psycho-traumatique. Azat a reçu des coups devant ses enfants, ce qui a traumatisé Sagdania, sa fille cadette, au point que celle-ci ne parle plus à personne d’autre qu’à ses parents. Les forces de l’ordre protégeant leurs agresseurs, leurs tentatives de plainte n’ont fait qu’empirer la situation. Aujourd’hui, le café de la famille a été incendié ; il ne leur reste plus rien là-bas et leur vie y est toujours en danger. Amnesty International a en effet constaté la poursuite de graves violations des droits humains au Kirghizistan, en particulier envers les membres de la communauté ouzbèke comme la famille d'Azat: torture, mauvais traitements en détention, aveux sous la contrainte et procès inéquitables.


En 2010, la famille a atterri en Belgique, pour recommencer à vivre. Mais, aujourd'hui, trois ans plus tard, ils sont menacés d'expulsion vers le Kirghizistan. Ils doivent quitter le territoire avant le 16 novembre, victimes de l'arbitraire et de l'injustice des politiques migratoires belges, décidées au niveau fédéral et trop souvent appliquées docilement au niveau communal. En l’occurrence, la commune de Manage a d'ailleurs de nouveau fait preuve de beaucoup de zèle, comme nous avons déjà pu le constater par le passé pour d'autres personnes en séjour précaire. 

A Manage, le service des étrangers n'a jamais défendu les droits de cette famille, bien au contraire. Dès leur arrivée, ils ont introduit une demande d'asile en Belgique qui a été refusée près d'un an plus tard. Dès la réception du refus de la demande d'asile, l'employée communale a voulu leur faire signer, sans aucune explication et en ne présentant aucune alternative, une acceptation de retour volontaire. Cette acceptation est lourde de conséquences puisqu'elle implique qu'il n'est plus possible d'introduire par la suite de nouvelles démarches pour obtenir le droit de séjour. Pourtant, tout n'avait pas encore été tenté. Malgré l'insistance de l'employée, Azat a osé refuser de signer le document pour demander l'avis de son avocate. En connaissance de cause, il a alors écarté cette possibilité pour en tenter une autre en introduisant un recours pendant lequel il avait le droit de continuer à travailler chez Alysse food, une pâtisserie industrielle du zoning de Seneffe, avec laquelle il était engagé sous contrat depuis février 2012. 

Lorsque ce recours a été rejeté fin 2012, la famille a introduit une demande de régularisation pour ancrage social durable. Mais l'Office des étrangers n'a pas retiré à Azat le document l’autorisant à travailler, alors que les demandes de régularisations ne permettent normalement pas de jouir de ce droit. Bien sûr, l'employée vigilante du service des étrangers de Manage n'a pas manqué d'en avertir immédiatement l'Office des étrangers, même si ça ne dérangeait pourtant personne et ne coûtait rien à la collectivité (au contraire puisqu'un travail sous contrat contribue à alimenter la sécurité sociale). Sans doute qu'une telle anomalie dans ce système sournois est davantage intolérable que les conséquences de ce système qui plongent inévitablement des centaines de personnes et des familles entières dans une précarité encore plus grande, les privant de tout revenu et de toute aide sociale ou matérielle, mis à part l’aide médicale urgente...

Ainsi, aujourd'hui, alors que la demande de régularisation vient d'être rejetée mais qu’un appel va être introduit, la famille n'a plus aucune ressource pour survivre. Azat, s'est vu retirer son permis de travail et ne peut donc pas reconduire son contrat chez Alysse food qui arrive à échéance le 7 novembre. Un retour au Kirghizistan est impossible pour eux: ils y ont vécu les horreurs traumatisantes de la guerre, y ont tout perdu et leurs agresseurs continuent à sévir sur place en toute impunité, ce qui les expose à de nouvelles violences. La vie de cette famille est désormais ici. Ils ont appris le français et trouvé leur place dans leur nouveau quartier. Les enfants fréquentent l'école Delval à Manage. Azat, comme tous les travailleurs sous contrat, cotise à la sécurité sociale et paie des impôts. Ils veulent donc encore introduire un appel, comme le droit belge le leur permet. Mais ils ont besoin de soutien, moral, financier et politique, pour poursuivre leurs démarches et espérer les voir aboutir favorablement.

La Marche des migrants de la région du Centre appelle donc les amis, les voisins et les connaissances de la famille d'Azat, ainsi que toute personne interpellée par cette situation, à rassembler leurs forces pour apporter leur solidarité concrète en organisant une aide financière pour permettre aux membres de cette famille de subvenir à leurs besoins immédiats et en alimentant une mobilisation citoyenne pour obtenir une régularisation de leur situation en Belgique, avec des papiers, le droit à travailler et à retrouver enfin une vie stable. En même temps, à partir de cette situation inacceptable, nous remettons sur la table la lettre ouverte que nous avons adressée, en septembre dernier, aux 13 Bourgmestres de la région du Centre (voir sur notre blog) pour les inciter à prendre leurs responsabilités politiques pour davantage de justice et d'humanité envers nos concitoyens étrangers. 

Nous nous réunirons ce mercredi 6 novembre 2013, à 18h, à la maison des associations (place Mansart, 22-24, à La Louvière) pour tenir une conférence de presse et décider des actions à entreprendre. Bienvenue à tous et toutes!


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